Par Claude Dargent

14 octobre 2010 at 18:04 (Infos - News - Evenements) ()

22 septembre 2010, par Claude Dargent

Le 10 septembre dernier, je suis allé saluer plusieurs centaines de musulmans réunis au gymnase Olivier de Serres à l’occasion de l’Aïd el-Fitr. Ce moment est important dans l’islam pour lequel il constitue une fête majeure qui marque la fin du Ramadan.

Pourquoi la Ville de Paris met-elle ainsi à la disposition des musulmans des locaux publics ? La raison en est simple : à la différence des autres religions, l’islam ne possède pas de lieux de cultes car il n’en avait pas en France métropolitaine lors de la séparation des Eglises et de l’Etat en 1905. Or, c’est aujourd’hui la 2e religion de France*. Pour quelle raison le fait d’être une nouvelle religion sur le sol français devrait-il la priver de lieu de culte ?

Contrairement à ce que pensent des personnes mal informées, non seulement un tel acte n’est pas contraire à la laïcité à la française, mais il est tout à fait nécessaire si on adhère à cette composante importante de notre projet républicain. Que dit en effet la loi de séparation des Églises et de l’Etat de 1905 ? Dans son article 2, elle précise que « La République ne reconnaît, ne salarie, ni ne subventionne aucun culte » : depuis le Concordat de 1805 en effet, l’Etat versait les salaires des curés, des pasteurs et des rabbins. Désormais elle ne le fera plus – et c’est une avancée réelle car tout ce qui relève du fonctionnement de l’activité religieuse doit rester du domaine privé.

Pour autant, l’Etat et les collectivités territoriales ne peuvent pas faire comme si le fait religieux n’existait pas. La loi de 1905 lui en fait d’ailleurs l’obligation : dès son article 1, il est en effet indiqué : « La République assure la liberté de conscience. Elle garantit le libre exercice des cultes. » Ce dernier point est majeur. Les communes ont hérité de la propriété – et donc des frais d’entretien – des édifices cultuels en fonction à l’époque, leur gestion étant confiée aux cultes. Mais il n’y a rien de tel évidemment pour les musulmans. Il est donc de notre responsabilité de suppléer à ce manque – en vertu de la loi elle-même, sauf à renoncer à garantir le libre exercice des cultes comme elle nous en fait l’obligation – liberté qui devient alors purement formelle sans lieu d’exercice.

Procéder autrement, c’est cantonner l’islam dans les caves : est-ce tolérable dans un pays comme le nôtre ? Je passe sur le fait que les populations concernées sont loin d’être des Parisiens privilégiés. Ce serait donc leur infliger une inégalité supplémentaire, alors qu’ils ne sont pas épargnés en la matière. Faut-il insister par ailleurs sur le fait qu’un traitement discriminatoire les privant de lieu de rassemblement à la différence des autres religions serait évidemment de nature à développer des rancœurs légitimes chez les musulmans de France ? Mettre à disposition de cette religion des locaux décents est donc une obligation pour les collectivités territoriales – morale voire juridique.

Mais pourquoi aller les saluer ? Le fait religieux est une réalité en France aujourd’hui. Chacun est libre de croire au Ciel ou de ne pas y croire. Mais il est du devoir des élus d’établir le contact avec toutes les composantes de la population. Et d’aller à l’Aïd-el-Fitr comme aux journées paroissiales ou au Centre protestant du 15e arrondissement. Pour ma part, j’y serai assidu dans les mois et les années à venir – comme pour l’ensemble des rassemblements qui permettent de rencontrer la population de cet arrondissement où je suis élu.

*Claude Dargent, « La population musulmane de France : de l’ombre à la lumière ? », Revue française de sociologie, 51 (2), avril-juin 2010, pp.219-246.

Lien de l’article http://www.claude-dargent.fr/spip.php?article196

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